
Entreprises en difficulté
Droit Social
Mis à jour : Mai 2026
11 min de lecture
Cet article s’adresse aux administrateurs judiciaires, mandataires judiciaires et dirigeants d’entreprises de moins de 1 000 salariés confrontés à un licenciement économique en contexte de sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire.
Sommaire
Introduction
Le contrat de sécurisation professionnelle (CSP) est un dispositif d’accompagnement vers le retour à l’emploi destiné aux salariés licenciés pour motif économique dans les entreprises de moins de 1 000 salariés. Il se substitue au préavis et permet au salarié de bénéficier, pendant 12 mois, de mesures d’accompagnement renforcées et d’une allocation spécifique.
Sa proposition est obligatoire pour l’employeur, dès lors que le licenciement est économique et que l’obligation de proposer un congé de reclassement ne s’applique pas (entreprises de moins de 1 000 salariés ou en procédure collective).
Les dispositions relatives au CSP s’appliquent pleinement en procédures collectives (sauvegarde, redressement judiciaire, liquidation judiciaire), avec la particularité que l’AGS est susceptible de garantir le salaire pendant le délai de réflexion et la contribution CSP versée à France Travail (art. L. 3253-8 C. trav.).
1. La proposition du CSP
La proposition du CSP est une obligation légale de l’employeur, dont le non-respect prive le salarié de la possibilité d’adhérer — et expose l’employeur à une sanction financière.
Lorsque l’employeur envisage de licencier un salarié pour motif économique, sans être astreint à l’obligation de proposer un congé de reclassement, il doit proposer le bénéfice du CSP (art. L. 1233-66 C. trav.).
Cette proposition doit être faite :
- Lors de l’entretien préalable au licenciement ;
- Ou à l’issue de la dernière réunion des représentants du personnel, lorsque les licenciements ne donnent pas lieu à entretiens préalables ;
- Ou, en cas de PSE, le lendemain de la notification de la décision de validation ou d’homologation du PSE.
Ces dispositions s’appliquent également en cas de licenciements pour motif économique dans le cadre de procédures collectives. En sauvegarde et redressement judiciaire, la proposition émane de l’employeur et de l’administrateur judiciaire. En liquidation judiciaire, la proposition émane du liquidateur judiciaire.
2. Le délai de réflexion
Le délai de réflexion de 21 jours est un délai impératif : passé ce délai sans réponse, le salarié est réputé avoir refusé le CSP.
Le salarié dispose d’un délai de 21 jours à compter de la proposition écrite pour adhérer ou non au CSP (art. 4 convention du 26 janv. 2015). L’absence de réponse dans ce délai vaut refus d’adhésion (art. 5 convention du 26 janv. 2015).
En cas de notification du licenciement pour motif économique avant l’expiration du délai de réflexion, l’employeur doit rappeler la date d’expiration du délai et préciser qu’en cas de refus d’adhésion, la lettre de licenciement vaut notification du licenciement pour motif économique (art. 4 convention du 26 janv. 2015).
3. Les effets de l’adhésion sur le contrat de travail
L’adhésion au CSP emporte rupture immédiate du contrat de travail, sans préavis — en contrepartie, l’employeur verse une contribution équivalente à l’indemnité de préavis directement à France Travail, ce qui déclenche le financement du parcours CSP.
3.1 Rupture sans préavis
L’adhésion au CSP par le salarié emporte rupture du contrat de travail (art. L. 1233-67 C. trav.), sans préavis et sans indemnité compensatrice de préavis, sauf si l’indemnité de préavis que le salarié aurait perçue aurait été supérieure à trois mois de salaire : dans ce cas, la fraction excédant ce montant est versée directement au salarié à la rupture (art. 21 convention du 26 janv. 2015). Le contrat de travail est réputé rompu au terme du délai de réflexion de 21 jours (art. 5 convention du 26 janv. 2015).
3.2 Contribution de l’employeur versée à France Travail
L’employeur est tenu de verser à France Travail une contribution équivalente à l’indemnité de préavis que le salarié aurait perçue (art. 21 convention du 26 janv. 2015), qui ne peut être inférieure au préavis légal prévu à l’art. L. 1234-1 C. trav. :
- Ancienneté < 6 mois : durée fixée par la loi, la convention collective ou les usages ;
- 6 mois ≤ ancienneté < 2 ans : 1 mois de préavis ;
- Ancienneté ≥ 2 ans : 2 mois de préavis.
Sauf dispositions conventionnelles ou contractuelles plus favorables.
3.3 Droits maintenus du salarié
Malgré la rupture sans préavis, le salarié adhérent conserve :
- Son indemnité légale ou conventionnelle de licenciement ;
- Son indemnité compensatrice de congés payés ;
- La fraction de l’indemnité compensatrice de préavis excédant 3 mois (si applicable).
Il acquiert également le statut de stagiaire de la formation professionnelle pendant la durée du CSP.
Le tableau ci-dessous récapitule les principales différences entre l’adhésion au CSP et le refus :
| Point | Adhésion au CSP | Refus du CSP |
|---|---|---|
| Rupture du contrat | Oui — au terme des 21 jours | Oui — par licenciement |
| Préavis | Non | Oui, droit commun |
| Indemnité compensatrice de préavis | Non versée au salarié mais versée à France Travail (sauf fraction > 3 mois) | Versée au salarié si dispensé de l’exécuter |
| Indemnité de licenciement | Oui | Oui |
| Indemnité compensatrice de congés payés | Oui | Oui |
| Allocation pendant 12 mois | 75 % du SJR (si ≥ 2 ans) ou ARE (si < 2 ans) — versement immédiat, sans différé ni délai d’attente | ARE droit commun — délai d’attente de 7 jours et différé possible |
| Statut | Stagiaire de la formation professionnelle | Demandeur d’emploi |
| Délai de contestation de la rupture | 12 mois à compter de l’adhésion | 12 mois à compter de la notification du licenciement |
4. Les prestations d’accompagnement du CSP
Le CSP n’est pas seulement une indemnisation : il impose au bénéficiaire de s’engager activement dans un parcours de retour à l’emploi, sous peine de perte de l’allocation.
Le CSP est conclu pour une durée de 12 mois (art. 6 convention du 26 janv. 2015). Pendant cette période, le salarié bénéficie de prestations d’accompagnement personnalisé en vue du retour à l’emploi, et est tenu d’y participer activement (art. 8 à 14 convention du 26 janv. 2015). Ces prestations comprennent notamment :
- Un bilan de compétences approfondi ;
- Un accompagnement individualisé par un conseiller dédié ;
- Des actions de formation adaptées au projet professionnel ;
- Un accès prioritaire aux offres d’emploi de France Travail.
5. L’indemnisation du bénéficiaire du CSP
Le niveau d’indemnisation dépend de l’ancienneté : un salarié ayant au moins 1 an d’ancienneté perçoit 75 % de son salaire journalier de référence — soit nettement plus que l’ARE ordinaire.
Pendant la durée du CSP, le bénéficiaire perçoit une allocation de sécurisation professionnelle (ASP), dont le montant dépend de son ancienneté dans l’entreprise (art. 15 convention du 26 janv. 2015) :
| Ancienneté du salarié | Allocation de sécurisation professionnelle (ASP) |
|---|---|
| ≥ 1 an d’ancienneté | 75 % du salaire journalier de référence (SJR) |
| < 1 an d’ancienneté | Allocation de retour à l’emploi (ARE) au taux habituel |
5.1 Causes de fin de l’allocation
Le versement de l’ASP prend fin de plein droit si le bénéficiaire :
- retrouve une activité professionnelle salariée d’au moins 6 mois en France ou à l’étranger ;
- part définitivement vivre à l’étranger ;
- retrouve une activité professionnelle non salariée en France ou à l’étranger ;
- atteint l’âge de départ à la retraite à taux plein ;
- bénéficie d’une retraite anticipée.
5.2 Causes d’interruption temporaire
Le versement de l’ASP cesse temporairement si le bénéficiaire :
- reprend une activité professionnelle salariée d’au moins 3 jours et de moins de 6 mois en France ou à l’étranger ;
- est pris en charge par la sécurité sociale et bénéficie d’indemnités journalières (maladie, accident) ;
- bénéficie du complément de libre choix d’activité, de la prestation partagée d’éducation, de l’allocation journalière de proche aidant ou de l’allocation journalière de présence parentale ;
- cesse de résider sur le territoire métropolitain, les départements d’outre-mer (à l’exception de Mayotte), de Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Barthélemy et Saint-Martin ;
- conclut un contrat de service civique ;
- n’actualise pas sa situation mensuelle.
6. Délai de contestation de la rupture
L’adhésion au CSP emportant rupture du contrat de travail, le délai pour la contester est de 12 mois — mais ce délai n’est opposable au salarié que s’il en a été informé dans la proposition de CSP.
Toute contestation portant sur la rupture du contrat de travail ou son motif se prescrit par 12 mois à compter de l’adhésion au CSP.
Ce délai de 12 mois n’est opposable au salarié que s’il en a été fait mention expresse dans la proposition de CSP.
FAQ — Questions fréquentes
Retrouvez ci-dessous les réponses aux questions les plus fréquemment posées sur le CSP en procédures collectives.
Le CSP est-il obligatoire en procédure collective ?
Oui, l’obligation de proposer le CSP s’applique en procédure collective (sauvegarde, redressement judiciaire, liquidation judiciaire) dès lors que le licenciement est pour motif économique et que l’obligation de proposer un congé de reclassement ne s’impose pas. Une omission de proposition expose à une irrégularité de procédure et au versement d’une indemnité compensatrice au salarié.
Quand doit être proposé le CSP ?
La proposition doit être faite lors de l’entretien préalable, ou à l’issue de la dernière réunion des représentants du personnel si les licenciements ne donnent pas lieu à entretiens préalables, ou le lendemain de la notification de la décision de validation ou d’homologation du PSE (art. L. 1233-66 C. trav.).
Que se passe-t-il si le salarié adhère au CSP ?
L’adhésion emporte rupture immédiate du contrat de travail sans préavis, au terme du délai de réflexion de 21 jours. Le salarié conserve son indemnité de licenciement et son indemnité compensatrice de congés payés. Il perçoit pendant 12 mois l’ASP (75 % du SJR si ancienneté ≥ 1 an) et bénéficie d’un accompagnement personnalisé vers le retour à l’emploi.
Que se passe-t-il si le salarié refuse le CSP ?
En cas de refus (ou d’absence de réponse dans les 21 jours), la procédure de licenciement économique se poursuit normalement : le salarié est licencié avec préavis, perçoit l’indemnité compensatrice de préavis et l’indemnité de licenciement, et peut s’inscrire à France Travail pour percevoir l’ARE dans les conditions de droit commun.
L’AGS prend-elle en charge le CSP en procédure collective ?
Oui, sous certaines conditions. L’AGS peut garantir, dans le cadre d’une procédure collective (art. L. 3253-8 C. trav.) :
- Le salaire dû pendant le délai de réflexion de 21 jours ;
- La contribution CSP versée à France Travail (art. 23 convention du 26 janv. 2015).
Ces garanties sont soumises aux conditions générales de mise en œuvre de la garantie AGS (procédure applicable, délais de notification des licenciements).
L’indemnité de préavis est-elle toujours supprimée en cas d’adhésion au CSP ?
Oui, sauf exception : si l’indemnité de préavis que le salarié aurait perçue aurait été supérieure à 3 mois de salaire, la fraction excédant ces 3 mois est versée directement au salarié. L’employeur verse le solde (jusqu’à 3 mois) à France Travail à titre de contribution (art. 21 convention du 26 janv. 2015).
Quel est le montant de l’allocation pendant le CSP ?
L’allocation de sécurisation professionnelle (ASP) est égale à 75 % du salaire journalier de référence (SJR) pour les salariés ayant au moins 1 an d’ancienneté. Pour les salariés ayant moins de 1 an d’ancienneté, le montant est égal à l’allocation de retour à l’emploi (ARE) habituelle. Le versement s’effectue pendant 12 mois et sans délai de carence.
Quel délai pour contester un licenciement après adhésion au CSP ?
Le délai de prescription est réduit à 12 mois à compter de l’adhésion. Toutefois, ce délai n’est opposable au salarié que si la proposition de CSP en faisait expressément mention.
La mise en œuvre du CSP en procédure collective doit s’articuler avec les délais de notification des licenciements, les conditions de la garantie AGS et les formalités propres à chaque procédure. Une erreur sur la proposition (omission, retard, mention manquante) peut fragiliser la procédure de licenciement ou réouvrir un délai de contestation.
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